Le photo reportage est-il une forme de voyeurisme ? 

 

On entend souvent dire que nous vivons dans une société de l’image, où tout est filmé, photographié, exposé. Parfois, l’appareil photo semble être un intrus, un outil de voyeurisme qui vole l’intimité des gens.

 

Pourtant, sans ce « clic » parfois indiscret, que resterait-il de notre mémoire collective ?

 

Derrière chaque cliché se cache un témoin silencieux qui écrit l'Histoire avec de la lumière.

 

L'appareil photo : un "voleur" d'instants ?

 

Il est vrai que la photographie peut donner une sensation d'indiscrétion.

 

Qu'il s'agisse des paparazzi qui mitraillent des célébrités ou de parfaits inconnus photographiés dans la rue, l'acte de capturer une image sans demander l'avis du sujet pose question.

 

Mais c'est précisément cette spontanéité qui fait la valeur historique.

 

Une pose forcée dans un studio ne nous apprend rien sur la vie réelle. C'est le cliché pris sur le vif qui nous montre comment les gens s'habillaient vraiment, comment ils se regardaient, comment ils souffraient ou riaient à une époque donnée.

 

Avant la photographie, l'histoire était racontée par les peintres (souvent à la solde des puissants) ou par les écrivains.

 

La photo a apporté une dimension de vérité nouvelle.

 

Pensez aux photos de Lewis Hine qui, au début du XXe siècle, photographiait les enfants travaillant dans les mines aux États-Unis.

 

Était-ce du voyeurisme ? Peut-être. Mais ces images ont choqué l'opinion et permis de changer les lois sur le travail des enfants.

 

Une photo de guerre ne montre pas seulement un conflit ; elle montre l'épuisement dans les yeux d'un soldat ou la détresse d'un civil. Elle humanise les dates froides des livres d'histoire.

 

Vos vieilles photos de famille, celles où l'on voit la cuisine de votre grand-mère ou la vieille voiture de votre père, sont des documents historiques.

 

Elle fige une mode, une technologie, une ambiance qui n'existent plus.

 

Une simple photo d'une rue de votre ville prise il y a 50 ans est un trésor. Elle témoigne de l'urbanisme, du commerce et de la vie sociale d'autrefois.

 

« La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. » — John Stuart Mill

 

Même si l'on peut parfois se sentir "voyeur" en cadrant une scène de rue, il faut se rappeler que le photographe est avant tout un passeur de temps. Dans cent ans, vos photos d'aujourd'hui — celles que vous trouvez banales — seront les fenêtres par lesquelles nos descendants regarderont notre monde.

 

La photographie est là pour sauver un instant, un endroit ou encore des faits de l'oubli.